Pratiques porteuses

Dans le cadre des travaux du projet Mon choix mon toit, une revue de littérature a été réalisée et plusieurs expériences de conception et de réalisation de milieux de vie adaptés ont été recensées. Ainsi, à partir de ces travaux et en se fondant sur les principes directeurs, des pratiques porteuses ont été identifiées pour chacune des dimensions de mise en place d’un milieu de vie adapté aux besoins des personnes ayant une déficience physique.

Concevoir

  • Impliquer et faire participer la personne dans la gouvernance du milieu de vie dès le début du projet;
  • Avoir une mission claire et bien connue;
  • Planifier et organiser le projet avant de démarrer;
  • Favoriser l’émergence de leaders crédibles des secteurs communautaires et publics;
  • Présenter le projet aux différents partenaires du territoire.

Réseauter

  • Insérer les ressources résidentielles dans un continuum de services où sont présents plusieurs types d’établissements, des partenaires des secteurs communautaire et municipal associés selon les besoins;
  • Avoir des ententes formelles avec les partenaires concernés avec résolution des conseils d’administration. Préciser entre autres les responsabilités et le délai de réalisation des activités;
  • Établir une communication transparente entre les partenaires et des modes de communication et de collaboration simples, fluides et efficaces dès le développement du milieu de vie;
  • Le réseau de la santé et des services sociaux (RSSS) doit proposer des actions en cohésion et favorables au développement de milieux de vie novateurs;
  • Travailler ensemble en mode gagnant-gagnant : représentants des personnes, organismes communautaires, organismes publics, municipalités, milieu privé, etc.

Exemple d’un partenariat dans une formule gagnant-gagnant :

  • Le RSSS s’assure de la mise en place de l’offre de services requise concernant les soins et les services professionnels compte tenu de la complexité des problématiques et des besoins évolutifs des personnes;
  • Entente de partenariat déterminant le dispensateur (RSSS, milieu communautaire ou autre) des services de soutien et d’assistance aux activités de la vie quotidienne et domestique;
  • Partage de responsabilités entre les partenaires concernant la gestion de l’immeuble, du milieu de vie ou d’autres dimensions;
  • Ententes formelles avec tous les partenaires impliqués pour clarifier leurs engagements et leurs responsabilités.

Exemple d’un partenariat pour la formation du personnel des milieux de vie :

  • Collaboration des CSSS et CRDP pour la formation et le suivi de la qualité de l’acte auprès du personnel infirmier et des PAB-ASSS (RCR, PDSB, loi 90…), formation sur une approche spécifique auprès de personnes présentant des problématiques complexes, etc.

Financer

  • Réserver les fonds dès l’origine du projet et prévoir les dépassements financiers, car le projet s’échelonne sur une longue durée;
  • Planifier des ressources financières et humaines pour la période de consolidation, ce soutien est souvent retiré trop rapidement après l’implantation des changements;
  • S’assurer d’un financement adéquat, récurrent, indexé annuellement et qui s’ajuste aux besoins évolutifs des personnes et du milieu afin de répondre aux besoins réels des personnes, de s’assurer du recrutement et de la rétention d’un personnel formé et afin de garantir la viabilité de toute option résidentielle. Conclure une entente écrite avec les partenaires concernés;
  • Prévoir des logements abordables ou subventionnés pour les personnes avec un revenu faible ou modeste;
  • Accorder un financement récurrent à un milieu de vie existant pour maximiser son offre de services (ex. rehaussement du budget annuel ou accès au chèque emploi-services (CES));
  • Octroyer des conditions de travail et des salaires équitables en fonction des tâches demandées pour favoriser le recrutement et la rétention d’un personnel formé;
  • S’assurer que les coûts des soins et services ne soient pas supérieurs à ceux des milieux d’hébergement publics.

Bâtir

Pour un environnement adapté et sécuritaire

  • Considérer l’accessibilité universelle, l’adaptation des logements et des accommodements pour répondre à des besoins particuliers des personnes dans le choix du lieu et de l’immeuble;
  • Les personnes ayant une déficience sensorielle désirent habiter un logis où l’utilisation d’indices environnementaux et d’aides techniques leur permettra de contrôler leur espace de façon autonome et sécuritaire pour l’exécution des tâches quotidiennes et de recevoir les signaux nécessaires à leur sécurité et au maintien de contacts avec l’extérieur;
  • S’assurer que l’aménagement des lieux physiques, les ressources matérielles et les équipements permettent une adaptation aux besoins évolutifs des personnes.

Réaliser

Les personnes : la raison d’être

  • Favoriser le libre choix des personnes et leur permettre d’exercer un contrôle sur leur vie et sur les décisions de tous les jours en fonction de leurs capacités;
  • Favoriser la vie de couple, la vie avec la fratrie, la vie avec les amis.

Les services à la personne

  • Se donner du temps pour ajuster l’offre de services et pour que la personne s’adapte à son nouveau milieu de vie;
  • Assurer l’accès à des professionnels et à des éducateurs spécialisés des établissements du réseau de la santé et des services sociaux pour les personnes qui sont dans des milieux de vie;
  • Présenter une plus grande uniformité de l’offre de services au sein du réseau de la santé et des services sociaux pour faciliter l’accès aux services pour les personnes concernées et favoriser leur maintien à domicile et dans leur milieu de vie actuel lorsque tel est leur choix;
  • Prévoir une évaluation annuelle des besoins des personnes afin d’ajuster l’offre de services et le financement en fonction des besoins évolutifs des personnes.

Un personnel compétent et mobilisé

  • Assurer un soutien continu au personnel, notamment lorsqu’il travaille auprès de personnes avec des problématiques complexes;
  • Assurer la stabilité du personnel du réseau de la santé et des services sociaux (CSSS-CRDP) qui est en interface avec divers milieux de vie pour faciliter la continuité des services aux personnes et le partenariat;
  • Rendre accessibles des espaces collaboratifs virtuels pour le transfert des connaissances.

Le fonctionnement du milieu de vie

  • Présence d’un coordonnateur de services sur place et accès à un local pour le personnel;
  • Encourager les séjours d’essais pour les personnes pour ensuite confirmer ou non leur admission à long terme (s’assurer d’un financement adéquat correspondant à un budget de répit);
  • Avoir une organisation et des horaires de soins et services flexibles pour favoriser l’inclusion et la participation sociales, ainsi que la réalisation des projets de vie;
  • Intégrer un ensemble de services et de modes d’organisation et de prestation de services pouvant s’adapter à l’évolution des besoins des personnes en matière de soins et d’assistance afin d’éviter les déménagements.

Pour un fonctionnement optimal

  • Maximiser le fonctionnement d’un milieu de vie en rehaussant l’offre de services
    • Selon les besoins évolutifs des personnes afin de prolonger leur maintien dans ce même milieu de vie;
    • Pour combler des places vacantes par des personnes avec des problématiques plus complexes;
    • Pour accueillir davantage de personnes lorsque sa structure le permet.
  • Des pratiques porteuses en lien avec le regroupement de personnes :
    • Accueil de deux profils de personnes dans des unités de vie distinctes;
    • Cohabitation des personnes ayant une déficience physique et des personnes âgées ayant des profils comparables;
    • Jumelage d’une unité de personnes vivant avec un trouble grave de comportement (TGC) avec une unité régulière, ce qui a permis un ressourcement et l’entraide pour le personnel;
    • Regroupement de personnes ayant une déficience sensorielle, ce qui permet des contacts sociaux plus fréquents en raison de la possibilité de rencontrer d’autres personnes utilisant des stratégies de communication adaptées ou la langue des signes.
  • Vigilance concernant le ratio d’adultes ayant une déficience physique dans un projet résidentiel pour favoriser une réelle intégration des personnes (entre 10 et 20 %);
  • Vigilance concernant le seuil de logements dédiés à des adultes ayant une déficience physique pour être capable d’organiser efficacement les soins et services (environ 10);

Des pratiques porteuses pour les organismes à but non lucratif (OBNL) les coopératives (COOP), et les habitations à loyer modique (HLM)

Présence d’un promoteur-champion et recours à des instances d’accompagnement;

  • Partenariats nombreux et identifiés dès l’amorce du projet avec des ententes claires :
    • COOP : projet en provenance de la communauté avec porteur impliqué et enraciné dans sa communauté;
    • OBNL : bonne entente entre la Société d’habitation du Québec (SHQ) et le réseau de la santé et des services sociaux;
    • Office municipal d’habitation (OMH) : partenariat souple entre OMH et le réseau de la santé et des services sociaux.
  • Des atouts : une expérience antérieure de prestation de services et la présence de services déjà existants dans l’immeuble.

Des constats à prendre en considération

  • Plusieurs milieux de vie de type COOP et OBNL sont novateurs et correspondent aux caractéristiques du logement social et du chez-soi recherché par les adultes ayant une déficience physique;
  • Les coûts en soins et santé des milieux de vie OBNL, COOP, HLM sont comparables ou inférieurs à ce qu’on retrouve en RI et CHSLD;
  • Le modèle OBNL s’adapte mieux aux besoins des personnes tant en ce qui a trait au logement qu’aux services;
  • Le modèle HLM demande moins de temps de création et de mise en place.

Pour en savoir plus sur des pratiques porteuses

Agence de la santé et des services sociaux de la Montérégie, Recension de pratiques prometteuses en organisation des soins, des services et du travail (OSST) en hébergement, 2013.

Boucher Normand, CIRRIS, Les pratiques innovantes en matière d’habitation, 2013.